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jet ténu sur la tige blanche
mes yeux scrutent les lignes
bleues
perpendiculaires
témoins tangibles de toi
Le docteur (celui auquel je suis fidèle) m'a dit
* chaque mois un couple sans problème et sans contraception n'a que 20 % de chance d'avoir un enfant
* à partir de maintenant il vaut mieux m'arrêter presque complètement de boire du vin
* en revanche pour éviter d'avoir la tête qui tourne, je peux prendre une collation à onze heures et à cinq heures
* je dois absorber tel médicament acide pendant deux mois
* et ne pas trop m'emballer car dans les premières semaines il y a plus de risques de fausses couches
* et ne pas m'inquiéter non plus, y'a pas de raison, les idées que vous vous faites..
* mais quand même faire une échographie dans 15 jours
* je reviens le voir fin septembre-début octobre
* et je souhaite payer par chèque ou par carte bleue ?
C'est la rentrée, décidément, en témoigne cette foule de cinéphiles qui hier se pressait chez Jean-Michel pour lui emprunter (enfin, louer) une cassette.
6 semaines qu'on ne s'était pas vus, hé ben, j'étais drôlement contente de le retrouver. Lui aussi, il avait l'air, il m'a même dit "Je préfère avoir peu de clients mais de qualité." Hé. Je l'ai pris pour moi.
A quoi tient la fidélité ???
Je suis infidèle aux libraires (drôle d'engeance un peu trop hautaine à mon goût, du genre "la littérature est à moi" - ben oui, je suis souvent tentée de faire pareil mais justement !! et puis quand même, je me soigne..), infidèle aux coiffeurs, infidèle aux docteurs sauf un, infidèle aux boulangers, aux bouchers (je vais là où y'a le moins de queue).
Fidèle à mon Franprix, à mon Libanais, à mon café, à ma fripière, à Jean-Michel.
La première fois que nous sommes entrés dans le magasin de Jean-Michel, d'abord nous n'y avons pas cru - je passais devant de temps en temps et il était tout le temps fermé - et ensuite nous nous sommes pensés dans la caverne d'Ali Baba, nourris que nous étions depuis deux ans des cassettes Blockbuster en VF du distributeur d'à côté.
Lui, il avait tout, des nouveautés à Hitchkock en passant par Almodovar en VO. Nous sommes devenus des accros à sa (large) sélection, et des accros à lui.
Un grand échalas franco-espagnol entre 35 en 40 ans, sans doute gay, sans doute neurasténique, derrière son comptoir décoré de coquillages qui ravissent Chimène, et nous on s'assied sur les hauts tabourets, il y a toujours quelqu'un d'assis là et qui lui fait la causette à mi-mot, des allusions qu'on ne peut pas comprendre.
Il a compris notre homosexualité latente car il nous recommande toujours des films un peu troubles, qu'on adore un coup sur deux. Quand ça n'a pas collé, je préfère ne pas le lui dire car il a toujours l'air un peu triste.
Chimène et moi on passe devant tous les soirs à vélo, en rentrant de chez Marie-Laure, et deux fois par semaine on s'arrête, pour prendre et pour rendre. Mon vélo appuyé contre sa vitrine décorée des nouveautés et de Betty Boop.
Hier j'ai pris Jules et Jim, ça m'a ennuyée, par contre il y avait une bande de p'tits jeunes à qui j'ai recommandé Ghost World et ça m'a donné bien envie de le revoir. J'ai adoré l'ironie méchante et la tendresse latente de ce film.
(Jean-Michel Vidéo, heu, Studio Vidéo, ouvert surtout le soir de 17 h à 21 h, 1 rue des Volontaires 75015)
Je ne sais pas pour vous, mais moi un livre sur deux que je lis, un film sur deux que je vois, c'est sous le haut patronnage de quelqu'un.
Bé oui, y'a pas plus influençable que moi, mais pour m'influencer en même temps faut surtout pas trop le chercher, parce que sinon je fais ma mûle et le livre je ne le lis pas.
Par exemple, là je lis Les hommes en général me plaisent beaucoup, de Véronique Ovaldé, sous le haut patronage de Libé qui m'a fait découvrir cet auteur, Céline qui a adoré le livre, Claire-Lise qui me l'a prêté et Sandrine qui m'a dit que je lui faisais penser à elle. Toutes ces femmes, ça m'a fait trop, j'ai fini par le prendre et effectivement c'est pas mal du tout.
Par exemple samedi on est allé voir Assassination Tango, de Robert Duvall, sous le haut patronnage du Masque et la plume, et de Sandrine et Tlön (alors là merci les amis j'ai adoré ce film cet homme qui refuse de vieillir sa fascination pour le tango le n'importe quoi du polar... et retrouver New York, Buenos Aeres, deux mégapoles où je me suis promenée avec Nico..)
Bon des exemples y'en a plein, la plupart des motivations sont secrètes il faut bien s'arrêter quelque part dans la levée du voile
et le plus drôle dans l'histoire c'est que mes amours m'ont souvent offert ou recommandé des livres que j'ai trouvés complètement nuls (ça ne m'a pas empêché de les lire avec ferveur) ; et j'ai découvert certains livres fantastiques par hasard, en écoutant la vieille bique bibliothécaire en bas de chez moi.
Comme quoi.
Sans soleil on peut faire pousser certaines plantes qui, justement, n'aiment pas le soleil..
Ainsi dans ma petite cour rue de Vaugirard, nous avions mis un lierre et des impatiens, et ils ont beaucoup proliferé. Le lierre n'a surtout pas besoin qu'on l'arrose plus d'une fois par semaine (il aime l'air, être dehors, mes lierres en intérieur ont toujours crevé), et les impatiens, deux ou trois fois par semaine. Ces petites plantes, quand vous les regardez chez le fleuriste ou au Franprix, ne vous paraissent pas toujours très belles, un peu communes quoi, mais dès que vous commencez à vous en occuper vous y tenez comme à la prunelle de vos yeux. C'est ce qui m'est arrivé, à tel point que lorsqu'on rentre de week-end ou de vacances elles sont les premières que je vais voir, auxquelles je vais parler, que je vais arroser..
La menthe non plus n'aime pas beaucoup le soleil, par contre elle aime beaucoup l'eau, je l'arrose tous les jours. J'achète la mienne déjà en pots, au Franprix, je la rempote tout de suite dans un pot un peu plus grand, en ajoutant un peu de terreau.
Ces plantes ont le mérite d'être assez résistantes, ce qui est bien pour apprendre quand on est débutant et convaincu qu'on a les pouces gris..
On m'a dit aussi que le jasmin était une plante d'ombre, mais comme notre terrasse d'aujourd'hui est pas mal ensoleillée je n'en ai pas acheté.
Et pour toutes ces petites plantes, j'ai acheté un engrais liquide dont je les nourris une fois par semaine ; la bouteille coûte 11 € et ça fait 6 mois que je l'ai, ou peut-être même plus, et elle n'est qu'à moitié utilisée.
Faut pas hésiter non plus, dès que vous partez en vacances (et même en week-end prolongé), à demander à votre concierge ou votre voisin de venir les arroser, car 5 jours d'absence ont fait des ravages sur ma terrasse avant que je ne me décide à demander le service.
Le dernier truc, c'est de surveiller assez souvent vos plantes pour voir si elles vont bien : pas de bébêtes, pas de rouille ou de blanc sur les feuilles.. Afin de traiter tout de suite (au Bricorama près de chez vous il y a tout ce qu'il faut pour soigner les bobos) et que les dégâts ne soient pas irrémédiables.
[j'ai envie de partager ces petits trucs de la vie quotidienne, ces petits savoir-faire qui n'ont l'air de rien mais qui m'ont pris des années à acquérir.. ]
Dernière journée pour "en profiter" ; c'est à dire, pour Nico et moi, sortir avec des copains ou aller au ciné. Bref, toutes ces choses que nous faisions avec plaisir et modérément avant sa naissance, et frénétiquement dès qu'elle est chez l'une de ses grands-mères. Je ne sais même pas si on va sortir, je crois qu'on est un peu fatigués de notre vie de chats de gouttière.
Quand je lui téléphone, Chimène dort, ou joue et ne veut pas me parler, ou crie dans mes oreilles avec l'air excité, ému, un peu dérouté.. Elle dit beaucoup de Ouais ! je ne me rendais pas compte à quel point c'était pas joli.. Anne (ma belle-mère) me raconte les marques de maillot sur ses petites fesses, me raconte ses jeux avec Clémence et Marc-Antoine, me raconte..
Je suis impatiente de la retrouver, et timide ; j'ai peur qu'elle s'ennuie avec nous, peur d'être dépassée par ma petite fille de deux ans.
[la photo c'est un échantillon de ma balade de samedi, solitaire, délicieuse dans le parc André Citroën, interrompue par une grosse averse, je me suis abritée à la terrasse d'un café..]
Quand je suis revenue vivre à Paris, en septembre 98, et que j'ai commencé à y travailler, je me suis sentie asphyxiée.
Horaires de travail, toute la journée avec des personnes que je n'avais pas choisies, et, partout, partout, les voitures, le gaz, les immeubles gris.
Et le ciel, il était passé où ?
Mon père m'avait refilé un vélo, un VTT dont il ne voulait plus.. la selle penchait en arrière, je me suis arrangée pour me le faire piquer fissa.
J'avais envie de découvrir la ville avec mes pieds.
En trainant à la Fnac, j'ai découvert ce livre aux éditions Parigramme. Les autres livres qu'on a dans cette collection m'ont déçue, mais celui-là s'est revélé une mine, un générateur de fourmis dans les jambes.
La première ballade que nous avons faite, c'est celle qui part de la porte des Lilas et qui s'arrête au quai de Jemmapes, en passant par la rue de la Mouzaïa et les Buttes Chaumont. Puis nous sommes allés du Parc Georges Brassens au Parc Monsouris, en passant par les villas d'architectes du 14ème. Puis la butte aux cailles, puis des villages dans le 16ème, dans le 20ème.. Le charme d'être touristes dans notre ville, de regarder autrement ces endroits qui sont "notre lieu de vie".
Là je pars me promener sur les quais de la Seine. Je vais essayer d'entrainer Nico..
Hou la la, je viens encore de m'engloutir une tartine de Kiri. Depuis une heure je résistais et là j'ai pas pu. J'ai faim tout le temps, mais qu'est-ce qui m'arrive ???
En fait, cette tentation de boulimie me rappelle trop mes premiers mois de Plume de vie, quand j'avais du mal à m'habituer à travailler toute seule.. Le frigo à l'époque était à côté de mon bureau, et je mangeais tout le temps ! Et j'ai pris 5 kg en deux mois, houuuu, tous les copains de Nico lui demandaient discrètement si j'étais enceinte et même pas.. C'était très vexant. 'Reusement, je n'ai pas tardé à attendre Chimène, je pouvais baffrer sans crainte et sans reproche.
Houloulou, je peine à reprendre le rythme - on se focalise sur le sommeil et ça cloche rarement comme prévu... Après 3 semaines de tendresse et de nature, je dois me rhabituer à passer la journée chez moi, avec juste mon ordi et plein de papiers partout, supposés un jour devenir des livres...
Allé, l'homme est un animal d'adaptation !
[Crédit photo Claire-Lisou, envoyée spéciale au Cambodge, voilà la montagne du Bokor.. rectif de CL "c'est pas la montagne du bokor celle que tu as mise, c la campagne cambodgienne. ds le Sud, aux alentours de Kep, ex-station balneaire des francais du protectorat (dont les grandes villas annees 20 sont en ruine, la ville ressemble un peu à une ville fantome du far west)."]
[ça n'a rien à voir, mais z'avez vu le billet du jour de Mediatic ? Elle parle d'un sujet qui m'est cher..]
Il y a ces deux femmes, Annick, Marie-Amélie, qui chacune ont été pour Nico et moi des grands-mères bis.
Elles étaient nos grandes-tantes : la petite soeur de ma grand-mère, la grande soeur du grand-père de Nico. Leur vie s'est arrêtée, ou a commencé, le jour où leur mère est morte. Appartenant aux "générations sacrifiées" d'après les deux guerres, petites filles puis vieilles filles modèles avec leurs parents, elles n'ont pas su s'opposer à leur désir de les garder près d'eux - pour eux ?
Ma Tante Annick - son appartement rennais était un mausolée sombre, encombré de lustres et de meubles magnifiques que ses parents lui avaient laissés ; je détestais dormir chez elle car la nuit, cet endroit me faisait penser à la forêt de Blanche neige et je n'osais pas me lever pour aller faire pipi. Certains de ces meubles sont chez moi aujourd'hui, aux tiroirs remplis de photos, de boîtes d'élastiques, de mouchoirs brodés.. mais ils sont répartis dans toute la maison. Ils ne me font plus peur, ils sont le témoin entre nos deux époques, une continuité familiale..
Tante Annick me racontait qu'à l'âge de 45 ans, sa mère lui faisait encore des réflexions sur sa façon de de se tenir à table.. "Mais Maman, vous oubliez monne âge !" "Mais Annick, répondait tendrement sa mère, tu seras toujours ma petite fille.."
J'étais scandalisée !
Et aujourd'hui.. Chimène me reprend losque je l'appelle Mon bébé, Je suis une grande fille Maman.
Devinez ce que je lui réponds ?
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