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lundi 29 novembre 2004

Neruda et moi

[allé, un carré de chocolat, une petite pause..]

Je partais vivre un an au Chili sans presque rien savoir de ce pays ni de la langue ; quelques semaines avant le grand saut je suis allée à la Fnac au rayon littérature chilienne, on m'a tendu un gros volume, c'était l'autobiographie de Pablo Neruda J'avoue que j'ai vécu (bon, le récit était un peu pompeux comme souvent le chilien traduit en français - j'ai du lire 20 pages, du moins en posant le pied sur le sol chilien je connaissais le nom et la voix d'un poète)

Sebastiana_1

Dans la petite maison qui m'hébergeait je partageais la chambre d'une lycéenne de 16 ans, jamais moyen d'être seule et quand je lisais ou écrivais mes hôtes me faisaient sentir que j'étais rébarbative - j'ai été sauvée par des petits week-ends à Valparaiso, chez une religieuse française amie de Caroline l'autre volontaire qui passait cette année avec moi, que nous avons été heureuses de retrouver l'intimité d'une chambre dont on peut fermer la porte, et le confort d'une baignoire, et le repos de ne pas sans cesse être jugé pour mes coutumes étrangères (le seul truc c'est que l'une des soeurs qui vivaient dans ce havre de paix a cru déceler en moi une vocation, en fait non) ; Valparaiso mon paradis où Pablo Neruda avait fait construire l'une de ses trois maisons, la Sebastiana, maison bleue devenue musée, maison sur une colline surplombant tant de toits et surplombant la mer, maison si pleine de son histoire, de ses objets sensuels et hétéroclites, proues de navires, bouteilles colorées autour du bar, coquilles et coquillages, peaux de zèbres, il se peut que j'invente, cela fait si longtemps, 8 ans..

PabloPablo Neruda que j'emmenais chez mon amie Lucy, elle avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui, déjà 3 enfants avec un homme qui déjà la délaissait, une maison au sol proche de la terre battue, pas grand chose à manger, dans le salon des étagères en bois brillant exposaient ces figurines dont les Chiliens raffolent et qu'ils nomment monitos - c'est le nom qui est resté pour tous les petits personnages genre playmobiles de Chimène. Je suis allée quelques fois prendre la once - le goûter, repas du soir à base de thé et de pain sur lequel on met des choses plus ou moins bonnes selon l'état des finances - j'amenais sans doute un avocat pour faire ce guacamole tout simple dont je raffole, et le soir je suis restée dormir, le mari n'était pas là alors j'ai pris sa place dans le lit de Lucy et ensemble, avec mon espagnol hésitant et son déchiffrage incertain, nous avons égrenné les mots de Neruda

des mots tirés d'un recueil bon marché - 500 pesos, 8 de nos francs, et l'équivalent de 2 jours de once..

elle a aimé le livre, je le lui ai laissé, peut-être qu'elle l'ouvre encore, quelquefois.

(oda a Valparaiso)

Pour lire les poèmes de Neruda : ce site.

VALPARAÍSO,
qué disparate
eres,
qué loco,
puerto loco,
qué cabeza
con cerros,
desgreñada,
no acabas
de peinarte,
nunca
tuviste
tiempo de vestirte,
siempre
te sorprendió
la vida,
te despertó la muerte,
en camisa,
en largos calzoncillos
con flecos de colores,
desnudo
con un nombre
tatuado en la barriga,
y con sombrero,
te agarró el terremoto,
corriste
enloquecido,
te quebraste las uñas,
se movieron
las aguas y las piedras,
las veredas,
el mar,
la noche,
tú dormías
en tierra,
cansado
de tus navegaciones,
y la tierra,
furiosa,
levantó su oleaje
más tempestuoso
que el vendaval marino,
el polvo
te cubría
los ojos,
las llamas
quemaban tus zapatos,
las sólidas
casas de los banqueros
trepidaban
como heridas ballenas,
mientras arriba
las casas de los pobres
saltaban
al vacio
como aves
prisioneras
que probando las alas
se desploman.

Pronto,
Valparaíso,
marinero,
te olvidas
de las lágrimas,
vuelves
a colgar tus moradas,
a pintar puertas
verdes,
ventanas
amarillas,
todo
lo transformas en nave,
eres
la remendada proa
de un pequeño,
valeroso
navío.
La tempestad corona
con espuma
tus cordeles que cantan
y la luz del océano
hace temblar camisas
y banderas
en tu vacilación indestructible.

Estrella
oscura
eres
de lejos,
en la altura de la costa
resplandeces
y pronto
entregas
tu escondido fuego,
el vaivén
de tus sordos callejones,
el desenfado
de tu movimiento,
la claridad
de tu marinería.
Aquí termino, es esta
oda,
Valparaíso,
tan pequeña
como una camiseta
desvalida,
colgando
en tus ventanas harapientas
meciéndose
en el viento
del océano,
impregnándose
de todos
los dolores
de tu suelo,
recibiendo
el rocío
de los mares, el beso
del ancho mar colérico
que con toda su fuerza
golpeándose en tu piedra
no pudo
derribarte,
porque en tu pecho austral
están tatuadas
la lucha,
la esperanza,
la solidaridad
y la alegría
como anclas
que resisten
las olas de la tierra.

(Pablo Neruda, Oda a Valparaiso)

C'est ici que j'ai trouvé plein de poèmes de Pablo Neruda.

il est parti

Pieds_de_nico pour 4 jours au Maroc et
j'ai grignoté toute ma marge pour rendre synopsis et chapitres - vous savez, le temps, ce truc dont on se sent si riche et tout d'un coup on en a plus et
mercredi jeudi vendredi j'ai une formation pour un client c'est passionnant et ça me prend tout mon temps cette semaine et
avant faudra que je dépose Chimène chez sa nounou qui fait chier parce que c'est bientôt Noël qu'elle passe son code et faut pas pousser et
demain je garde ma poussinette toute la journée c'est la fête (on va essayer d'aller voir les vitrines de Noël sans la cohue) mais la fête sans bosser et
j'ai 2-3 idées de textes pour ici mais des textes qui exigent que je rentre un peu en moi et je m'en sens incapable

alors cette semaine pardonnez moi si je suis un courant d'air

j'ai une trouille bleue de ne pas assurer

en plus je suis crevée, de cette fatigue résiduelle qui crie J'ai besoin de vacances (Ah, je comprends le succès du Club Med !)

(pourtant y'a des bonnes nouvelles,
j'ai trouvé des cadeaux de Noyel
Chimène a fait plein de petites coulettes dans le pot
Maman m'a acheté des super fringues de femme enceinte - pas des noires, j'en pouvais plus du noir
et puis boulot = cash qui entre, = vie bien remplie, = tout plein de choses qu'il ne faut pas bouder

et enfin, il me semble, quand je suis un peu tranquille, parfois je sens un feulement dans mon ventre, mon bébé oublié qui commence ses caresses, me dit Et tu vois je suis là..)

[notes à venir (j'espère)
Neruda et moi
la photo de mon père
se sentir Français
pour vos cadeaux ]

vendredi 26 novembre 2004

glisse

Cuisine_1Assis dans la cuisine autour d'un verre de vin, nous égrennons les petites histoires de la journée

la crèpe mangée avec Cyrille
le manuscrit enfin envoyé à l'éditeur
les nouveaux blogs
la femme lumineuse qui veut travailler avec moi
l'atelier d'écriture animé en grand groupe, moments de grâce
ton patron, l'anguille
le calendrier de l'Avent enfin trouvé pour Chimène

la fatigue pique nos yeux, ne nous quitte plus si souvent

le vin caresse ma gorge

cette journée glisse de moi au fur et à mesure que les mots coulent
comme un vêtement trop longtemps porté

jeudi 25 novembre 2004

Marcel le chien

Cavalier20king20charles Depuis l'autre jour un nom trotte dans ma tête.

Marcel Lechien, professeur des écoles, violeur d'enfants.

Deux étiquettes publiques pour un homme qui ne passera à la postérité que sous une seule de ses facettes - l'horreur ; la lâcheté des hommes.

Violeur d'enfants - tout d'abord, je n'y crois pas. Je n'ai jamais vu son visage, mais ce nom - il a sa place dans un album de Lewis Strondheim ou de Frankin... Marc Dutroux, Emile Louis, eux ça colle, Siménon aurait pu trouver ces noms-là.

Marcel le chien. Le chien, meilleur ami de l'homme "c'est bon pour les enfants, un chien, c'est l'âme de la maison" ; Chien ! insulte répandue dans certains milieux (pas chez moi, vous vous en douterez - mais quand même, j'aime pas qu'on me traite de chienne).

Marcel, le nec plus ultra du raffinement - dans leur mode de vie, dans leur langue, Proust et Pagnol sont des étoiles pour beaucoup d'entre nous. Mais à part certains hooligans jeteurs de canettes dans les matchs de foot, qui oserait porter un marcel à troutrous ?

Marcel Lechien, l'homme qui a laissé s'échapper les griffes du monstre en lui ; nous, on le garde bien caché - parfois on le laisse sortir avec des mots, dans le huis clos de nos maisons - rien de trop.

Marcel Lechien, l'homme que d'autres ont protégé alors qu'ils savaient - jusqu'à cet écrivain qui n'a pas pu, qui un jour lui a demandé de monter dans sa voiture et l'a conduit à la gendarmerie. Et Marcel de se laisser faire, soulagé peut-être que tout cela se termine ?

Pas facile de cohabiter avec les monstres à l'intérieur de nous.

Pas facile de ne pas imaginer tous ces autres monstres tapis, qui se savent ou qui s'ignorent, qui attendent - peut-être ma petite fille, peut-être ma grand-mère, peut-être moi ; l'horreur change de visage selon les époques.

Plus je grandis et plus le courage me semble être la valeur à cultiver.

crampes et kramas

Foulards_2les aiguilles s'enfoncent dans ma jambe
étendue
je la remue tout doucement

dans la penderie
tout est trop serré
- restent deux pantalons noirs, les notes des kramas chatoyants

ce matin à vélo, la lumière rose
se pose dans mes yeux pleins d'insomnie

mercredi 24 novembre 2004

parure

Autoretrato Si on me demandait de nommer un objet qui me représente, je choisirais ces boucles d'oreilles.

La vue de perles aux oreilles d'une femme évoque-t-elle pour vous le transpercement de l'aiguille ? Goutte de sang, blessure qui mit des semaines à cicatriser. Souffrir pour être belle - la bonne cause ?

La vue des boucles d'un enfantelet évoque-t-elle pour vous le transpercement de la femme ? Violence de l'intrusion d'un corps dans ce corps, violence de l'accouchement, blessure qui ne cicatrise jamais - la femme est à jamais vulnérable à travers son sexe, à travers son enfant.

J'avais 14 ans lorsque je me suis fait percer les oreilles ; c'était un souhait que j'avais depuis l'enfance, mais ma mère y était violemment opposée - cela ne se faisait pas dans son milieu, et elle voulait une fille qui ne soit pas trop fille.

Ces oreilles percées - mes oreilles percées - ont été mon premier acte de rébellion de femme ; je suis une femme et je ne suis pas toi. Lorsque je suis revenue à la maison avec deux petites étoiles dorées accorchées à des oreilles toutes rouges, ma mère était furieuse.

14 ans, l'âge de mes premières règles. Personne à la maison n'a marqué le coup, ces boucles ont été ma fête intime.

Et aujourd'hui c'est Nicolas qui m'offre les plus belles. Pas celles que j'aurais choisies, mais d'autres que j'apprivoise, se mèlent à mes cheveux, rappellent une bague qu'il m'a donnée il y a 5 ans, renouvellent mon idée de la féminité. 

mardi 23 novembre 2004

des nouvelles du Franprix

Amarylis Hu hu je suis bien contente, mon déj' vient de s'annuler, en général ça me fait pester mais c'était un déj' pour parler avec une copine d'un manuscrit que je n'ai même pas lu, en ce moment je suis étouffée sous les manuscrits, les miens, ceux des autres, plus aucune envie de lire ces piles de textes non reliées, que je n'ai pas choisies.

Ben quoi me regardez pas comme ça, ça ne vous arrive jamais d'être soulé par votre boulot ? Le mien je l'adore et quand c'est l'avalanche.. ouille ouille ouille ! (et en même temps, quelle chance).

Bref me voilà avec un petit temps imprévu pour écrire. [alors toi depuis quand demandes-tu la permission pour écrire ?] Et je me disais ce matin Ca fait des lustres que je ne vous ai pas donné des nouvelles de mon Franprix.

Alors voilà, j'y vais toujours... il est très bien décoré pour Noyel avec des sympas en synthétique et des piles de boîtes de chocolat qui nous laissent rêveuses, Chimène et moi, pas pour les mêmes raisons.

Je n'ai revu qu'une fois le mec du Franprix - il passait dans la rue, il ne m'a pas vue. Ma théorie c'est qu'il était au chômage (on se voyait, enfin, on s'apercevait à des horaires extravagants, genre à 10 h le matin) et qu'il a retrouvé du boulot.

Fin de l'histoire.

En revanche chez Franprix c'est aussi la saison des mangues en promo et des amarylis, ces fleurs merveilleuses que vous payez 30 euros chez le fleuriste, et 3 euros chez Franprix. Hi hi. J'en ai pris deux, on en a offert une et l'autre est dans notre chambre, on la regarde s'ouvrir lentement.

lundi 22 novembre 2004

branches

Baligilimeno_129

Dans mon jardin, je coupe les fleurs fânées, les tiges mortes ou trop longues, j'arrache les feuilles jaunes.. Parfois la fleur est à peine abimée, c'est difficile de choisir s'il vaut mieux la laisser, elle est encore belle mais empêche les boutons de s'épanouir, là-dessous..

En moi aussi j'élague les branches mortes et souvent j'hésite, je reste là des semaines, des mois, en fait il m'arrive de m'arrêter des années devant une relation en train de pourrir, sans avoir le courage de tailler, sans voir les bourgeons qui aimeraient pousser, et je l'odeur de pourriture

un jour je vois la vierge et je finis par couper la vieille branche
cri indolore

et cependant il en faut des jours et des nuits à mon arbre
pour retrouver son aplomb.

[photo prise par Claire-Lise en Indonésie]

réaliser ses rêves

Grand_sourireJ'avais tort de râler on a passé un super week-end. (Ou peut-être j'avais raison d'exprimer les trucs, après je me sentais bien mieux..)

Ciné-Mondovino jardi-rempotage de pensées famille-des deux côtés amis-rires et projets bouquinage dans le lit-j'ai piqué à ma cousine un page turner Ecoute-moi pour faire une pause dans Dosto,

tout ce que j'aime !

et en clou du spectacle le dîner d'hier soir, Nico m'a servi les spaghettis bolos dans le bain. Hmm ! y z'étaient bons.. ce que c'est chouette de manger un de mes plats préférés dans un univers chaud et mouillé, éclairés à la bougie et avec le Masque et la plume en toile de fond... Chimène ne s'est pas déplacée pour voir ça, elle était assez outrée que je veuille manger dans le bain alors que tous les jours je me bats pour qu'elle n'emmène pas ses gâteaux avec elle quand on se lave, Et papa il va prendre son dîner dans la douche ?

En plus en sortant du ciné - Mondovino y'a des chiens partout, ce qu'ils sont drôles ! -on a même parlé d'avoir un chien 2005, pour mes 31 ans par exemple, c'est vous dire si je suis aux anges ! la marque ce sera sans doute un cavalier King Charles, vous savez ces petits chiens si gracieux avec de grandes oreilles de cocker.

[En parlant de Chimène elle est allée pour la première fois chez la nounou en culotte aujourd'hui.. sans ses couches quoi. C'est Nico qui a décidé qu'il était plus que temps - elle a 2 ans 3/4... en lui préparant son petit sac d'affaires de rechanges on ne sais jamais, j'étais aussi émue que si je lui avais préparé son premier cartable ! hou lou lou, faire grandir ses petits.. demain je vais à la mairie pour l'inscrire à l'école, et le week-end prochain on lui installe le grand lit.]

[Le principal problème avec les spaghettis boloniese c'est la gestion de la garniture, elle tombe toujours au fond de l'assiette.. je n'ai jamais su comment m'en dépatouiller.]

samedi 20 novembre 2004

stuck

ClairJe me suis toujours arrangée pour que la liberté ait une grande place.. et en ce moment, je me sens coincée, tout engoncée dans cette existence dont j'avais rêvé

cela n'a rien à voir avec l'amour ou la chaleur, ça a à voir avec l'air qui circule, les mouvements légers,

se réinventer une personnalité

prendre des grandes vacances de soi

heureusement il y a les moments que je passe sur mon vélo - traversée de la Seine, nuages roses du couchant (ne pas oublier mon appareil la prochaine fois) ; heureusement il y a les bouteilles d'eau qui irriguent, petite mer intérieure ; heureusement il y a l'immense tendresse de ceux qui me lient

Je veux une vie en forme de toi
et je l'ai
mais ça ne me suffit pas
je ne suis jamais content.
(Boris Vian)

Ma Photo

janvier 2009

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