En France, 6 grossesses non prévues sur 10 se terminent par un avortement. 200 000 avortements par an. Le même nombre qu'il y a 30 ans.
Le droit d'avorter librement, sans culpabilité, et sans avoir à se justifier, est pour moi un acquis essentiel des femmes.
Et, dans ma 3ème vie, je vais devenir militante.
Militer pour que l'avortement soit la dernière solution envisageable. Militer pour l'information sexuelle des jeunes, et pas seulement les femmes - c'est trop lourd à porter toute seule. Militer pour que cette information soit dispensée à tous, à l'école, et pas juste dans des milieux confidentiels type le planning familial. Qu'on ne puisse pas échapper à la prise de conscience, au dialogue, à la mesure de ses actes. Avoir une capotte dans son sac, c'est pas compliqué, mais je n'ai jamais eu ce réflexe, j'aurais du mal à aller acheter une boîte à la pharmacie en bas de chez moi, à prononcer les mots ; c'est très dur d'en parler pour la première fois dans un rapport intime, à un homme qu'on désire et qu'on désire séduire, si on n'en a jamais parlé avant, de manière à peu près dépassionnée, avec un adulte ou entre jeunes. C'est très compliqué de bien fixer la capotte sur un sexe, dans la hâte d'en finir avec cette formalité, si on ne s'est pas entraîné avant sur un baton.
Pour la pilule, c'est pareil.. Payer 10 € par mois, absorber tous les jours un médoc, ne pas l'oublier.. Au début, on a besoin d'être pris par la main, avant de prendre en charge tout seul notre sexualité et les conséquences qu'elle peut entraîner.
Ce n'est pas vrai qu'à 15 ans on est assez grand pour peser tout ça.
Mon idéal en la matière est la Hollande, où l'avortement est complètement libre et déculpabilisé (bien plus que chez nous, où il reste une tolérance), et où les jeunes gens sont si bien informés et conscients des conséquences de leur sexualité, qu'ils n'ont pas besoin d'avoir recours à l'avortement. Proportionnellement, le nombre d'avortement par femme en âge de procréer est bien inférieur à celui qu'on trouve en France.
On peut avorter jusqu'à 12 semaines. C'est aussi, dans le cas de grossesses désirées, la date de la première échographie, et je peux vous dire que mon foetus portait des traces d'humanité. Dans certains cas, c'est "ton humanité contre la mienne", la venue d'un bébé peut menacer sérieusement la vie d'une personne, d'une famille - mais n'est-elle pas toujours inconfortable ?
Après l'éducation sexuelle répandue et consistante, faite par des adultes formés, il me semble que je militerai pour le courage. L'avortement est un droit inaliénable, et il y a d'autres options. Celle de mettre au monde un enfant non désiré. Eventuellement, de l'élever. Sinon, de le confier à d'autres parents qui, eux, seraient prêts à tout pour avoir un enfant.
Cette partie-là est plus délicate, on risque vite de se faire cataloguer de passionaria, d'intégriste, de manipulateur.. Et ces femmes qui désirent, au fond d'elles, garder leur enfant et qu'on pousse à s'en débarrasser ?
Ne croyez pas que je parle de ce que j'ignore totalement ; chaque femme a, il me semble, une histoire brûlante avec son rapport à la fécondité. Et cependant, cette position que j'ai, je la porte bien fragilement.
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