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mercredi 29 juin 2005

changement de propriétaire

Changement_de_propritaireLes commerçants du quartier ont profité de mes absences maternantes pour changer de crèmerie. Un jour, j'ai remis le nez dehors pour découvrir que la moitié d'entre eux avaient passé la main à d'autres contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Ainsi, mon cordonnier macho a enfourché sa moto pour des cieux plus méridionnaux - non sans avoir cherché et trouvé un successeur digne de ce nom, J'ai choisi un Italien qui connait le métier m'a-t-il assuré.

Ainsi, le coiffeur du monde a vendu à Jean-Claude Biguine (ça me fait toujours triste quand une chaîne prend la place d'un magasin indépendant).

Ainsi le restaurateur mélancolique du restaurant d'en face est retourné au Liban, et a revendu à un compatriote qui a le commerce dans le sang et s'est empressé de moderniser (pas encore été goûter mais le resto ne désemplit pas).

Mais alors. Les boulangers près de chez nous étaient un couple genre Groseille, quand on entrait dans leur boulangerie on avait envie de pleurer, et quand on goûtait leur pain on se disait J'aurais dû marcher 5 minutes de plus vers la bonne boulangerie. Un jour leur magasin est resté fermé plusieurs jours d'affilée. Intriguée je suis allée regarder, il y avait une affichette sur la porte : Fermé pour travaux, changement de propriétaire, réouverture dans une semaine. Aaaaaah ! Enfin (on se demandait toujours avec Nico quand est-ce qu'ils se décideraient à passer la main).

Au jour dit sur la porte, elles étaient ouvertes (les portes).. Me précipite pour acheter une baguette... Le vendeur, un jeune homme... Un coup d'oeil sur les rayons ne m'a pas tellement inspirée, j'ai quand même demandé ma baguette.

Ben finalement le pain d'avant était acceptable en comparaison de cette texture plastifiée.

Et l'autre qui arbore triomphalement sa bannière Changement de propriétaire. Quand je croise les anciens boulangers dans la rue, j'ai envie de tirer ce qui leur reste de cheveux tellement ils nous ont bien eus (-Vous trouviez notre pain dégueulasse.. Et maintenant vous trouvez toujours ? - Euh oui, on va continuer à marcher pour acheter notre pain à la boulangerie plus loin..)

Les habitants d'un quartier devraient avoir leur mot à dire avant l'installation d'un nouveau boulanger.

lundi 27 juin 2005

trahison ?

MifigueJ'ai lu quelque part une interview du pédopsychiatre Marcel Rufo, dans laquelle il disait que les parents de plusieurs enfants en préfèrent toujours un (lui est fils unique et il n'a eu qu'une fille, Alice).

J'éprouve toujours un immense amour pour ma grande fille, et il n'a rien à voir avec l'appeal qu'exerce Alma, toujours dans mes bras, pour qui ma patience est inépuisable... Et lorsque je vois Chimène dormir entourée de ses doudous, lorsqu'elle me dit Je voudrais revenir un bébé... Je me demande si nous avions le droit de lui faire ça, un autre enfant qui vienne remettre en cause sa place de petite reine. A la fois je me dis Ce n'est que pour un temps, Alma va grandir et la situation va se normaliser, et à la fois je suis heureuse de cette fusion avec mon bébé, je n'ai pas tellement envie que ça s'arrête.

D'où peut-être la boule que j'ai dans le ventre lorsque je téléphone aux nounous et aux crèches, la reprise du travail en septembre va remettre les pendules à l'heure et ça me fait peur ce retour à la norme.

samedi 25 juin 2005

la présentation au temple

Sourire_joconde_2Je ne devrais pas être en train de faire ça (écrire) puisque je suis supposée travailler au faire-part de naissance d'Alma. Au bout de deux mois, me direz-vous, y's'rait temps ! (Et dire que y'a des bébés pour lesquels le faire-part arrive la semaine suivante...)

Présenter mon enfant au monde ; à chaque fois qu'un ami arrive pour la voir, je ne me sens plus de joie. Et à deux reprises nous sommes partis pour un week-end à des fêtes familiales, trajets crevants où on doit s'arrêter tout le temps pour les têtées, les embout', le pipi de Chimène JE NE PEUX PAS ME RETENIR... Tout ça pour voir s'allumer l'étincelle dans les yeux des tontons, des tatas, des cousines : Rroh, il est miiiignon ton bébé !

La grand-mère de Nico ne pouvait pas me faire plus plaisir lorsqu'elle a rencontré Alma, alors âgée de 3 semaines 1/2 : Mais elle a la maturité d'un enfant de deux mois cette petite.

Bé oui, je suis facilement corruptible.

vendredi 24 juin 2005

elle est seule

Elle_est_seule

Sous le regard de mes louloutes, ou quand Nico joue avec une boucle de mes cheveux je me sens la reine du monde.

Une reine aux mamelles pendantes, aux bras lourds, aux traits tirés sous la bonne mine bronzée.

Avec l'enfant commence la solitude des jeunes femmes. Elles seules connaissent ses besoins. Elles seules savent le prendre au secret de leurs bras. La pensée éternelle les incline vers l'enfant, sans relâche. Elles veillent aux soins du corps et à ceux de la parole. Elles prennent soin de son corps comme la nature a soin de Dieu, comme le silence entoure la neige. Il y a la nourriture, il y a l'école. Il y a les squares, les courses à faire et les légumes à cuire. Et que, de tout cela, personne ne vous sache gré, jamais. Les jeunes mères ont affaire avec l'invisible. C'est parce qu'elles ont affaire avec l'invisible que les jeunes mères deviennent invisibles, bonnes à tout, bonnes à rien. L'homme ignore ce qui se passe. C'est même sa fonction, à l'homme, de ne rien voir de l'invisible.
Christian Bobin, La part manquante.

jeudi 23 juin 2005

un parfum de jasmin

Yeux_bleu_grisQuelle trace garderai-je de ces deux mois qui viennent de s'écouler ? Une plongée dans les yeux bleu-gris d'Alma, cette conversation ininterrompue avec Chimène...

Maison trop habitée, maison pas assez habitée, je rêve d'un lieu que j'investirai convenablement. Avec Nico on écrit nos rêves de maisons dans un grand cahier d'architecte ; béton et bois, équilibres extérieur-intérieur, au fond du jardin se tortillerait une rivière. Y'aurait des cerisiers, et un chien bien sûr (les enfants sont déjà fournis).

Ma manière à moi de chasser la fatigue des journées : reprendre possession du jardin, notre balcon à la physionomie changeante, je me suis résolue à jeter les pensées infestées, ai rempoté le basilic trop heureux, la verveine, le jasmin...

Et chaque matin lorsque je suis obligée de me lever pour être avec Chimène après la nuit hâchée, je me répète Cette journée ne reviendra pas ; la voix pointue de Chimène et ses bras potelés, les baisers la nuit lorsque je vais vérifier qu'elle ne tombe pas de son lit de grande, les petites fleurs qu'elle dépose sur notre table de nuit, et sa démarche bancale quand elle enfile mes chaussures de scarabé (elles sont vernies)... L'abandon d'Alma ma petite grenouille, ses sourires lorsque je lui gazouille, ses agueu, sa façon de ne vouloir que mes bras, ma voix, mes seins.

mardi 21 juin 2005

descente

Draps_froisssNous revoilà de retour, nous avons quitté Dinard et la maison de la belle au bois dormant que nous habitons 15 jours par an. Ronces, liserons, orties et souches d'arbres cachent les rosiers et les hortensias. Sommiers défoncés, robinets qui fuient, armoires qu'on n'arrive plus à ouvrir, ustensiles insolites... Sans parler des toiles d'araignées et de la mouette aux yeux cruels qui a élu domicile sur le toit.

Sentiment d'un gâchis auquel je participe.

Joie de Chimène dans la mer ; c'est fou ce qu'elle grandit lorsqu'elle change de cadre - les mots qu'elle apprend, les habitudes alimentaires, le corps qui se dérouille, se débrouille ; mon propre corps, je ne sais pas, dur de me voir en maillot de bain, le docteur a autorisé les abdos... Je lis des livres d'exercices qui semblent conçus pour d'autres. Déjà, rentrer ce ventre que les inconnus pensent toujours enceint. Quant à Alma je ne sais pas vous dire, elle est tout le temps sur moi, comment parler de ce qui ne vous quitte pas ?

Une cliente au téléphone tout à l'heure Profitez-en, ça ne revient pas ! Je la crois, et je cafarde un peu, seule avec les filles dans cet appart' plein de sacs pleins, le frigo vide, oisive et toujours sollicitée, sans entrain.

[comment continuer à écrire 1. ces banalités et 2. interrompue par l'une ou l'autre toutes les minutes ? Allez, je sors...]

jeudi 16 juin 2005

Blogsitting

Mer, soleil et filles 24-24 pour sans moi, qui est partie dimanche se dorer la pilule avec deux envahissantes jeunes filles en Bretagne. Le mari les rejoint ce soir pour apporter un peu de soutien opérationnel. Ils reviendront lundi soir. Histoires d'enfants et photos dinardaises à prévoir next week.

N.

jeudi 09 juin 2005

exposition

Latelier_de_pauline_2Pauline est sculpteur. A l'occasion des Portes ouvertes des ateliers d'artistes de Malakoff, qui ont lieu tous les deux ans, nous sommes retournés chez elle - notre lieu de rêve, un entrepôt désaffecté transformé en atelier-loft (avec quand même une chambre à l'écart, sanctuaire). Ce qui fait dire à Chimène Pourquoi Pauline elle n'a qu'une cuisine ?

Nous étions les premiers arrivés au vernissage, et nous avons recueilli un peu de la nervosité de l'artiste devant les zacouskis tous préparés, et la pièce mise en scène, Vont-ils venir, vont-ils comprendre ce que j'ai voulu dire, vont-ils aimer ?

J'aime suivre l'évolution du travail de Pauline, le bronze de la couleur de mes yeux, les filles de joie, puis le plâtre fantomatique... Trouver les formes qui vont à la matière qu'on se choisit, trouver l'expression la plus juste des sentiments du moment - et cela, sans les mots.

Devant cette absence de mots j'ai du mal à trouver les mots, surtout face à l'artiste, j'ai peur d'abîmer quelque chose. Et en même temps le silence...

Lutte_1Les sculptures de Pauline, même celles qui s'élancent, toutes elles me semblent empreintes d'une mélancolie, d'une solitude qui cherche à sortir d'elle-même sans y parvenir. Aimez-moi ! crient-elles.

L'autre soir, en voyant Pauline sur le grill, d'exposer ainsi sa maison et son travail, j'ai rencontré un autre critère de quand serai-je une artiste ?... Je me sentirai artiste lorsque ce que j'exposerai au regard du monde touchera à l'essence.

En écrivant ces mots je vois bien que ça n'a rien à voir, la teneur en art et le caractère essentiel pour l'artiste. Ou bien si ?

mardi 07 juin 2005

exils

245_ja_1977Chaque passion a fini par se terminer, me révelant brutalement ma solitude hors de cet Eden à deux.

La première fois que j'ai été chassée du paradis, c'était le 7 juin 1977. Ma mère a accouché d'un petit ange blond. Mes parents ont toujours préferé son caractère facile et son talent pour le sport. J'étais l'ombrageuse, la bavarde, la pas dégourdie.

Exilée de la bulle tapissée de chansons et de fraises à la crème, je n'ai pas eu d'autre solution que de regarder autour de moi ; voilà ce que j'ai vu

* les chiens (que Maman détestait)
* une grand-mère qui acceptait de regarder Goldorak avec moi
* et ce petit frère prêt à tout pour que je joue avec lui

Après chaque passion terminée, j'ai toujours été surprise, en retrouvant une vision périphérique, d'ouvrir les yeux sur toute la richesse autour de moi. La gentillesse et la drôlerie des amis redécouverts, l'intérêt que je trouve dans mon travail, l'émerveillement des voyages... Ces compensations m'apparaissaient au début assez maigrelettes dans ma vie désertée, et puis elles ont glissé au centre, jusqu'à la nouvelle passion-invasion-dévastation.

jeudi 02 juin 2005

le foetus hors du ventre

Foetus_hors_du_ventre4 semaines hier. Je compte les jours qui éloignent Alma de mon ventre et garde ma petite le plus souvent contre moi. Mercredi 4 mai, juste avant 7 heures, j'ai senti mon lit se transformer en piscine. "Nico, ça y est !" Tout endormi, il ne voulait pas croire que je perdais déjà les eaux... Rien n'était prêt, même pas ma valise.

On a fini par se ruer à la clinique où mon docteur chéri m'a tranquillement opérée de mon bébé.

Coup de foudre lorsque j'ai embrassé ce petit être gris, comme si elle venait d'être façonnée de glaise. Baiser sur le nez, puis on me l'a enlevée pour la mesurer et me soigner, moi. Allers-retours de Nicolas qui partait contempler Alma et revenait passer une tête dans la salle de réveil pour me raconter.

Depuis je mets souvent mon nez contre sa bouche ; j'aime sentir son haleine de lait caillé lorsqu'elle commence à le têter ; j'aime son air repu de petit Chum lorsqu'elle vient de se gorger de lait qui, pour elle, coule en geysers.

Bientôt les pyjamas de 1 mois seront trop petits ; ils lui arrivent déjà à mi-poignets. Avec Chimène aussi j'avais eu un mal de chien à me résoudre à passer au 3 mois.

Ma Photo

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