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Je me retourne pour faire face à un grand gars blond, dont les yeux bleus sont plissés par un sourire.
- Bonjour.. tu as l'air de me connaître mais...
- Mais si, je suis Martin, ton voisin de Bordustard..
- Martin, coucou ! Excuse-moi, ça fait 10 ans, tu as super changé. Ca fait bizarre de te revoir en homme !
Re grand sourire. Et quel homme. D'habitude les blonds ne sont pas mon genre de beauté, mais pour toi Coco, je ferai une exception.
- Tu as le temps de prendre un café ? Notre bateau embarque dans 10 minutes..
- Heu oui, en plus j'étais descendue pour ça. Tiens d'ailleurs j'ai acheté un pain au chocolat et aux amandes à la petite boulangerie du coin. Tu en veux la moitié ?
Et pof je le partage en deux. Nous voilà propulsés à la grande époque de nos goûters sur la jetée.
Martin. Ils sont si loin nos étés partagés, d'abord dans la joie de la toute petite enfance qui patouille ses soupes d'herbes et de boue dans des seaux, puis dans l'excitation des chasses à l'homme et des jeux de nuit Vu Jean-Gui derrière le cupressus !, et enfin dans la tendresse des regards adolescents. Tes regards tendres.... Moi je n'avais d'yeux que pour les plus grands ; cet été-là, je pensais à Romain, mon amoureux parisien qui m'écrivit une seule carte et me largua en septembre, à la fin de la projection du film Thelma et Louise..
Raph et Jean-Gui, mes cousins, me taquinaient Mais t'as vu comme il te couve, il est raide de toi ! Et moi Ah vous croyez ? et je m'en retournais rêvasser à Romain. Romain qui aujourd'hui perd ses cheveux, a pris du bide et ne me reconnaîtrait pas si je le croisais dans la rue, comment je le sais ? Je l'ai croisée deux fois dans la rue et il ne m'a pas reconnue !
- Je suis médecin maintenant, oh juste généraliste je n'ai pas eu le courage de pousser jusqu'à la spécialisation. Mais ma spé je l'effectue sur le terrain ; j'exerce à Madagascar, je rayonne depuis la ville de Farafangana et je vais soigner les villageois dans la savane. Tiens d'ailleurs, je te présente ma femme Marion... On s'est rencontré à la fac...
Arrive une brune souriante, élancée, jolie sans être menaçante, jean et t-shirt rouge délavé mettant en valeur un petit bide de trois mois, la fille avec qui j'aurais envie d'être amie.
- On l'attend pour janvier, sourit Martin en enlaçant Marion.. Et toi, t'as quelqu'un ?
- Moi... non.. Enfin, j'avais.. Ca a failli se faire, enfin, on a failli se marier, et puis.. ben ça ne s'est pas fait.
- Mon chéri, il faut qu'on embarque, lui rappelle Marion d'une voix douce.
- Ah oui c'est vrai ! Souvent je rêve que je rate le bateau, que je reste coincé sur l'île.
- Oui c'est mon rêve à moi aussi. Tu sais qu'on a vendu la maison... j'étais venue lui dire au revoir.
Martin et Marion se tiennent sur le pont extérieur. Appuyée contre le garde fou du phare, j'agite mes bras et ils répondent à mon adieu. D'aussi loin, ils ne peuvent pas voir heureusement la petite mare qui s'est formée dans mes yeux.
juin 24, 2008 dans autoficcion, le principe féminin | Permalink | Commentaires (24)
Décidément, j'aime beaucoup l'idée de ces autofictions, et leur côté "work in progress". Ici cependant, petite critique de ma part - j'ai l'impression que les dialogues marchent moins bien que le reste. Ceci dit, je vis à l'étranger depuis très longtemps et il est possible que mon oreille soit faussée. C'est pas évident de perdre le contrôle de la langue maternelle, pour quelqu'un qui aimait écrire. Maintenant, j'écris plutôt en anglais...
Rédigé par: Cathy | 24 juin 2008 10:26:52
Ah déjà je vais enlever la moitié des !!!
je suis sûre que ça sonnera mieux après..
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 10:29:35
Perso, je préfère aussi tes parties descriptives aux dialogues. Elles laissent plus de place à ton style d'écriture et à notre imagination. Je trouve que les dialogues font un peu (ne le prends pas mal) "roman photo" !! (oui, moi aussi j'en mets partout des !!)
Rédigé par: swahili | 24 juin 2008 10:44:41
Hey ! bon je vais trouver une solution.. mais vous devrez attendre la version imprimée pour la découvrir !
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 10:48:46
Quel teasing...Mais attends d'autres réactions, d'autres peuvent aimer !
Rédigé par: swahili | 24 juin 2008 10:56:33
Oui et après c'est à moi de décider si j'assume mon côté "Nous deux".. je ne sais pas ! de toutes façons il va reposer ce texte, c'est sûr !
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 11:00:17
alors moi je me disais... mais en fait ça fait longtemps que je me le dis... bein que tu pourrais, enfin, je trouve,
publier tout simplement tout ce que tu as déjà écrit ici.
je veux dire, pourquoi ne publier que des "fictions" ? tes petits mots de chaque jour n'ont rien à envier à Delerm, ou à Gavalda... et en plus ils sont d'autant plus touchants qu'ils sont "vécus" (bon, plus ou moins, avec une marge de ressenti de chacun ms qd même).
Dans tes fictions il y a de toi, et ta belle écriture.
Mais dans tes notes de tous les jours, il y a de l'amour en plus, et ça c'est j'aime bien, je me projette plus facilement dedans...
euh bon voilà c'est assez long pour aujourd'hui :)
belle journée !
Rédigé par: leyla | 24 juin 2008 11:23:46
Pas mal comme petite histoire, on se croirait à Groix. C'est marrant quand même cette idée de leur inventer des destins extraordinaires (le ben de ben&jerry) médecin de brousse...
Comme si l'âme de petite fille en toi es encore tellement présente, celle qui invente des princes pour sa barbie princesse, bon, j'avoue c'est mal dit, mais c'est plutot positif, je trouve ça touchant.
Mes personnages à moi sont nettement plus terre à terre.
Encore !!!!!
Rédigé par: dude | 24 juin 2008 11:29:06
Toujours une atmosphère si bien décrite, je sens le vent et les embruns
Rédigé par: tina | 24 juin 2008 12:25:41
J'aime beaucoup.
Sauf effectivement le côté "médecin de brousse" : pas besoin d'avoir un boulot de prince charmant pour en être un.
:)
Rédigé par: Banane | 24 juin 2008 12:57:35
j'aime beaucoup aussi, par contre, le côté "médecin de brousse" me dérange aussi... on dirait ce que moi j'écris et contre quoi j'essaie de lutter dans mon écriture... un reste de bovarysme?...
Rédigé par: Titoune | 24 juin 2008 13:28:06
Ben moi, elle m'a emmené ton histoire et c'est tout ce que je demande à une "ficcion", enfin tout peut-être pas mais çà compte, et grandement encore! C'est triste même un peu, nostalgique...
Je me rend compte que tous les jours je viens te lire avec de plus en plus de plaisir, thanks encore, j'aime bien moi avoir mon petit roman photo au quotidien ;)
Bissses
PS : Et puis Martin, c'est un très joli prénom, d'abord!
Rédigé par: small head | 24 juin 2008 14:06:40
Merci pour vos retours les filles
que je garde précieusement pour le jour où ça va marmitonner
Leyla moi aussi j'ambitionne un jour d'écrire un livre qui utilise la veine vivante des textes de tous les jours ; et ça passera par des histoires.. Bref en ce moment je teste l'autre versant de la montagne et j'espère qu'un jour le versant "histoires" et le versant "vie" sauront se rejoindre harmonieusement. C'est un long chemin, où mine de rien je ne fais pas du tout ce que je veux mais je prends ce qui vient à moi.
Toutes proportions gardées, Fred Vargas raconte son propre chemin ici : http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/fred-vargas-en-un-lieu-incertain-et-invitee-de-rue89
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 14:35:02
merci pour la référence sur Fred Vargas, j'irai voir ça... à table ce midi, on imaginait avec des amis le roman policier qu'on écrirait (l'une de nous lit Tea Bag, de Mankell, où tout le monde commence à écrire des policiers... faudra que je me mette à celui-là aussi!)
Rédigé par: Titoune | 24 juin 2008 14:51:55
je trouve ça très joli, et léger et juste, ce pain au chocolat coupé en deux et en même temps, l'adieu à l'enfance...
Rédigé par: irène | 24 juin 2008 14:53:34
Ces histoires au format carte postale n'auraient pas déplu à Sylvia Beach (éditrice de James Joyce).
On y trouve les traces de vos rêves. Et leur contenu onirique ne provient indubitablement que de votre
vécu. L'auto-fiction donnerait alors votre vision poétisée de la réalité.
Le challenge serait donc de tenir jusqu'à la fin la tension émotive de vos intuitions. Trouver
instinctivement celle qui conviendrait car la spontanéité de la remémoration est l'atout majeur de
vos textes court, ce qui fait leur "rendu" si vivant.
Il me parait évident qu'il vous faut en produire d'autres encore afin de travailler votre geste
d'écriture.
Rédigé par: Egide | 24 juin 2008 15:51:59
Hou ben je n'ai pas fini de produire, vous pouvez me croire..
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 16:05:10
Ce texte est très touchant. Les chassés-croisés y sont palpables, (les ratés qui débouchent sur des réussites de trois mois aussi!).
Vraiment très douce histoire.
(Quitte l'île est toujours un déchirement. Je me dis chaque fois que j'y laisse un morceau de mon coeur)
Rédigé par: MarieMay | 24 juin 2008 16:22:09
j'aime beaucoup ces histoires ! comme dit Tina tu crées une vraie atmosphère ou on peut ensuite se balader en imaginant c'est très agréable. Je me demande du coup s'il y aura des photos parceque notament dans ce billet elle apporte beaucoup je trouve.
Rédigé par: alice | 24 juin 2008 16:43:57
Ben je ne suis pas sûre que l'on puisse mettre des photos dans le livre.. ni si je le souhaite d'ailleurs
On verra bien..
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 16:47:17
Chère Christie,
Je vous lis quotidiennement depuis trois ans. J'ai souvent commencé des brouillons de commentaires... mais ils n'ont jamais encore quitté mon ordinateur.
A chaque fois que j'ai eu envie de vous écrire cela correspondait à l'un de vos textes sur Belle-île. Non pas que vos autres textes ne me touchent pas - je ne viendrais pas tous les jours sinon - mais parce que lorsque vous évoquez votre nostalgie de l'île, cette île tant aimée, cela raisonne plus fort encore en moi. Et vous me semblez, même si en l'écrivant je trouve cela un peu ridicule, une "âme soeur".
J'ai aimé votre 'autofiction' à vélo dans Paris et ses amoureux étudiants. J'ai tremblé en lisant Belle-île et ses amours enfantines.
Continuez Christie, si vos textes sont parfois imparfaits, ils ont cette qualité majeure : vous touchez souvent le coeur de vos lecteurs.
Rédigé par: Anne | 24 juin 2008 21:46:14
Cela résonne en moi... c'est terrible de faire des fautes pareilles...
Rédigé par: Anne | 24 juin 2008 21:49:41
Lorsque vous me dites que je touche le coeur de mes lecteurs, cela me fait un immense plaisir car c'est pour cela que j'écris.. Et puis des textes imparfaits cela ne me dérange pas au contraire, cela me donne plein de pistes de travail ! et j'adore.
Rédigé par: Christie | 24 juin 2008 22:31:50
je n'ose exprimer ce que je ressens à chaque billet !
ceci peut vous intéresser
http://babelio.wordpress.com/2008/06/17/ou-lon-lance-un-appel-aux-auteurs-qui-bloguent-et-vice-versa/#comments
Rédigé par: Thaïs | 26 juin 2008 11:07:32
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