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jeudi 28 août 2008

comment faire ?

Les_amours_de_la_vie

Fiou fiou.. journée marathon comme je les aime, Churchill et moi prenons le train dans quelques heures pour aller chercher les nénettes et depuis ce matin je file comme le vent.

La question que je me pose (en plus de "comment faire tenir toutes les lignes de ma to do list dans les deux heures qui me restent avant de partir ?"), c'est "comment garder cet esprit tranquilou, pas prise de tête, amoureux" une fois que les filles seront revenues ? Nos copains qui, comme nous, avaient prêté leurs loupiots, avaient l'air plus cooooool cette quinzaine. Surtout les femmes, bizarre. Alors moi je me dis, y'a pas de raison que les enfants, nos chères petites têtes adorées, nous stressent à ce point.

Alors, quoi, comment faire pour garder un peu du coooool de la vie Robinsonne, au coeur de la rentrée ?

L'avantage c'est que j'ai deux heures en train pour y réfléchir (et partager sur ce sujet avec ma belle-soeur, qui voyage pour les mêmes motifs..)

Allé, je retourne à ma to do liste des choses que j'ai choisi de faire (c'est fou comme l'été a balayé tous mes principes de développement personnels !) Gros bisous mes doux !

[Je me sens mieux qu'hier. Le salut s'est trouvé dans les discussions avec des copines. La proximité des bébés de mon frère. Dans l'échange sur des sujets qui m'intéressent. Dans le vélo avec Churchill. Dans la tendresse de mon homme. Dans les leçons de vie de mon père. Sortir, sortir de soi ; rendre service ; chercher l'inspiration partout là où elle peut être (parfois en soi, parfois chez les autres : grand va-et-vient des souffles et des bonnes idées que je transpose et adapte à mon cas personnel).]

mercredi 27 août 2008

ma bonne nouvelle du jour

c'est que j'ai terminé le premier jet de mon recueil.

C'est une décision qui s'est imposée d'elle-même. Un recueil de nouvelles, c'est comme un livre de recettes on peut le continuer indéfiniment tant qu'il reste une recette à raconter... Je sens qu'il est temps que je pose le stylo des histoires, que j'oublie un peu ce que j'ai écrit depuis le 3 juin et que je laisse reposer la pâte à crêpes.

Rendez-vous est pris (avec moi-même) début octobre pour imprimer et relire et commencer la partie un peu dure, de soupeser, d'ajouter un petit peu de sel, un petit peu de poivre - mais pas trop.

Je me suis gardé deux-trois histoires en réserve que j'écrirai sans doute à ce moment-là ; à moins que ça en soient d'autres qui surgissent... Un truc que j'ai appris avec ce recueil, c'est que je ne décide pas grand chose ; et ça me va.

Et vous mes chéris-chéries, qu'avez-vous à célébrer aujourd'hui ?

Cachee_derriere_une_feuille

- Mais profite, profite de ta tranquilité, des journées qui peuvent s'étendre jusqu'à pas d'heure..
- Oui oui... 

mardi 26 août 2008

tout à l'heure

... la journée avait commencé du pied gauche.

Temps gris, pas de babysitter en vue, des imprévus familiaux alors que je suis à la bourre pour rendre des textes.. Mon gougniaffier de Churchou bouffe toujours des merdasses dans la rue et la dernière de ce matin l'a fait vomir sur la moquette, beurk beurk.

J'ai supplié pour qu'il m'arrive quelque chose de bien aujourd'hui !

Et le téléphone a sonné : une prospecte que j'osais pas rappeler qui me donne rendez-vous pour la semaine prochaine. Nouveau coup de fil : la baby que j'espèrais a l'air disponible et très chaleureuse. En plus il s'est mis à faire soleil et j'ai trouvé un chouette resto pour dîner avec nos amis ce soir.

Faudrait voir à arrêter de se noyer dans un verre d'eau...

A qui je dis merci ? (En tout cas, j'ai bien fait de demander !)

Ma_tresorette_2

Ma trésorette je la retrouve jeudi soir.   

une photo que j'aime bien

Grands_bbs

Y'a pas à dire, elles commencent à me manquer.

Allé, j'en profite de mes derniers jours de travail peinarde et de vie robinsonne avec mon homme. La semaine prochaine on rentrera dans le tourbillon de la rentrée : la nouvelle école pour les deux, aurai-je trouvé une babysitter, les levers tôt... Youp youp.

[... Vous les trouvez comment, vous, les babysitters qui font la sortie d'école de vos enfants ?]

[A propos, il y a du nouveau et !]

lundi 25 août 2008

Le regard de Toni

La_mouetteJ'allais ne pas l'écrire, cette histoire-là. La sauter dans mon programme : personne ne l'aurait su. Et puis, en prenant mon café l'autre matin, à la terrasse du café près de la maison, il est passé devant moi. Toni. Il a tourné la tête et m'a reconnue, m'a adressé son joli sourire triste en même temps qu'un signe de la main. Faut croire que je repère les hommes à la tristesse de leur sourire.

Toni travaille dans le salon de coiffure tout près de la maison, celui devant lequel les filles et moi passons presque tous les jours. Un salon de coiffure bien brillant, avec des fenêtres immenses, des baies qui donnent à voir le carrelage luisant et l'armée de coiffeurs, toujours affairés auprès d'une cliente qui se laisse pomponner en lisant un magazine. C'est dans ce salon de coiffure qu'une fois par an, pour mon anniversaire, je viens demander à Toni de me faire une jolie coupe - ces derniers temps, je n'ose pas m'aventurer hors du carré dégradé. Je ne sais pas s'il est bon coiffeur, Toni, mais j'apprécie sa nonchalance ; son côté bavard mais pas trop ; et son sourire affable de commerçant, voile posé sur ses pensées tristes. J'aime remettre ma tête entre ses mains.

Il y a peu, les filles ont commencé à s'attarder devant le salon de Toni ; jusqu'à ce qu'une fin d'après-midi, Célimène tortille l'une de ses mèches et me demande, sans me regarder : - Dis Maman, c'est bien là que tu viens te faire couper les cheveux ?.. - Oui mon p'tit loup ! Pourquoi ? - Parce que, j'aimerais y aller aussi ! - Moi aussi, moi aussi Maman ! renchérit Nina, le petit perroquet. - Mais normalement, c'est Papa qui nous coupe les cheveux... - Oh Maman on veut aller chez le coiffeur ! C'est bien plus agréable que de se faire couper les cheveux dans la cuisine !

Un point pour elles. Alors je promets : - Eh bien les filles, vous allez avoir droit au même régime que moi, une coupe de cheveux pour votre anniversaire !

Croyez-le bien, cette promesse n'est pas tombée dans l'oreille de deux sourdes. A chaque passage devant la vitrine du salon de coiffure, Célimène et Nina s'arrêtaient à présent un long moment (-Ne colle pas ton nez sur la vitre Nina !) et émettaient des suppositions sur leur prochain passage entre les mains de Toni.

Célimène fut la première à passer (elle précède sa soeur dans le calendrier). Son sérieux, sa timidité m'émurent et je trouvai très beau son visage dégagé par la frange dégradée que lui avait ménagée Toni.

Puis vint l'anniversaire de Nina ; les trois ans de ma brunette eurent pour moi quelque chose de douloureux, car nul bébé ne venait remplacer celui qui était en train de se muer en une grande petite fille... Nina souffre de ce tiraillement et très souvent, réclame un petit frère ; elle porte sa poupée contre sa poitrine et nous explique que comme nous ne faisons pas de bébé, c'est elle qui s'en charge. J'avais un peu oublié l'histoire du coiffeur, mais elle me rappelait régulièrement ma promesse ; un mois après la date de son anniversaire, je me décidai à prendre rendez-vous avec Toni.

Deux jours avant la grande date, on ne tenait plus ma Nina. Elle claironnait à qui voulait l'entendre qu'elle allait se faire couper les cheveux chez le coiffeur de Maman. En arrivant au salon pourtant, ma fanfarrone avait fait place à un petit bout de femme sérieux et grave, très pénétré de la sollenité de l'instant. Elle regardait Toni sans rien dire par dessous ses grands cils. Toni semblait plus nostalgique que d'habitude ; et à la fois, heureux que je lui confie mon trésor pour sa première fois. Lorsque l'apprentie eut lavé et essoré les cheveux de Nina (sans un cri, sans une protestation, je croyais rêver), Toni la fit assoir sur le grand fauteuil. Il ne badinait pas comme à son habitude ; il prit la masse fine des cheveux de Nina et les releva en un chignon de fortune ; ses yeux s'attardèrent sur la nuque de ma petite fille - à travers eux, je vis la femme qu'elle allait devenir.

Il coupa quelques mèches, transforma à peine son apparence. Mais Nina fut ravi du brushing, et de toutes les précautions qu'il prit pour la coiffer. C'est en altesse royale qu'elle sortit du salon de coiffure, non sans avoir planté dans ceux de Toni ses deux yeux noirs, reconnaissants à l'égard du premier homme qui l'avait regardée comme une femme.   

vendredi 22 août 2008

il pleut sur mon balcon

Brillant

Je suis toujours reconnaissante à la pluie
Quand elle commence
Quand elle s'arrête.

Pour le moment, elle ne fait pas mine de s'arrêter. Ce que j'aime, c'est qu'elle rend le gris plus gris, le vert plus vert - les rues et l'herbe se mettent à briller comme les galets que l'on ramasse sur le sable mouillé.

"Comme je suis sensé réfléchir puissamment, je dois beaucoup regarder par la fenêtre en suçant mon porte-plume. Je suis devant un vaste paysage de collines douces, hachurées de bosquets, immuables et chaque jour renouvelées. Dans la vitre, il y a mon reflet." Armel Job

A Dinard j'avais mis mon bureau devant la fenêtre qui regardait la mer. C'était à la fois reposant et enthousiasmant, plus facile pour moi de me mettre au travail. Ici, je me suis installé un nouveau lieu d'écriture (pour écrire mes lettres, mon journal, tout ce qui ne nécessite pas l'ordinateur) : sur le secrétaire dans notre chambre, juste devant le balcon. Cela change tout d'écrire sur un vieux meuble en bois, qui a appartenu à ma tante de Dinard et avant elle, à ses parents. Cela change tout d'écrire en portant mon regard sur le bambou qui cherche le ciel, les pousses de jasmin qui s'entortillent autour des barreaux et les feuilles capucines avides de tout ce qui passe.

Pour régénérer sa réalité, il suffit d'un pas de côté.

Et la voix grave de Scarlett Johansson, le rythme balancé de sa chanson qui me rappelle le mouvement de ses hanches, envahissent la pièce. Parfaite musique pour un matin de pluie. 

jeudi 21 août 2008

fermez les yeux et faites un voeu

Les_trois_voeuxOn dirait bien que tous mes blogs renaissent à la fois.

Hier j'ai reçu un plein carton d'un livre publié (avec l'un de mes clients) il y a 4 ans, et qui est réimprimé chaque année. Cette bonne surprise a inspiré mon grand retour sur le blog de Plume de vie. Je me suis même aventurée à lancer un concours sur cet organe professionnel (je me demande toujours jusqu'où il est possible d'aller dans le registre du boulot !).

La question est, quel est votre voeu pour la rentrée ?

Un voeu, c'est ce que notre coeur souhaite malgré les obstacles qui se dressent, un but vers lequel tout notre être se tend ; et comme il nous semble trop difficile à atteindre par nos moyens de petits mortels, nous nous en remettons à la Vie (ou à Dieu, ou à La Providence..) pour porter avec nous cette intention très forte... pendant que nous relâchons un peu la pression en lui faisant confiance !

Depuis quelques semaines, inspirée par ces deux livres chéris, j'en ai formulé deux qui me tiennent à coeur (+ un qui se met en place tout seul, sur l'accomplissement de mes défis personnels) et je me les répète plusieurs fois par jour. J'ai la certitude qu'ils sont justes et que je vais y parvenir... Cela me donne une confiance et un enthousiasme que je n'avais pas connus depuis longtemps. Une joie intérieure, aussi. Et je crois que ces sensations sont communicatives...

Pour en revenir à nos moutons, les trois voeux les plus inspirants postés sur le blog de Plume de vie avant le 20 septembre, seront primés par l'envoi d'un exemplaire de Mieux vivre avec ses émotions et celle des autres.

Je vous souhaite une bonne journée à échafauder vos voeux, les peaufiner, vous les répéter, et les confier à une instance plus grande que nous...

[Et aujourd'hui, pour dépoussiérer ma manière de regarder les choses et notamment ma situation professionnelle, je m'appuie sur ce livre-là ! C'est fou tout ce que les livres ont à nous dire si on s'y plonge de tout son coeur.]

mercredi 20 août 2008

l'exploit

J'ai commencé l'été avec dans la tête le projet de courir une course à l'automne. Cela m'a valu un ou deux entrainements par semaine, entre 25 et 45 minutes.... Surtout le moyen de prendre le champ par rapport à mes accaparantes, avaler une goulée de ciel pour moi toute seule, elle était délicieuse.

Et puis hier sans réfléchir ou presque je me suis inscrite pour les 20 km de Paris. En passant, sans m'arrêter sur ce détail, je découvre que les bonnes coureuses la parcourent en un temps de 1h30. Puis comme premier entrainement je suis allée chercher Nico à son bureau (il travaille à Bastille). C'était beau ! Paris sous la pluie, les nuages gris et roses, le bitume au ras de l'eau, les gens qui m'encourageaient "Allé championne"

Mais alors au bout d'une heure j'étais fourbue (et ce matin, caramba !). Tout d'un coup me reviennent très précisément les 1h30 des bonnes coureuses, celles qui font l'entrainement comme il faut, avec des accélerations, des décélerations, un peacemaker, des chaussures adaptées... Tout ce que je n'ai pas encore. Dans quelle galère ai-je été me fourrer ?

La_parisienne_4

Eh bien, je suis super excitée.

La course a lieu le 12 octobre ; me reste presque deux mois pour m'équiper (trouver de meilleures shoes) ; apprendre à m'alimenter en vue d'un effort (20 km, pour beaucoup ce n'est pas grand chose mais pour moi c'est une distance énorme) ; mettre au point un programme d'entrainement efficace dans son rythme, sa durée et son contenu (course et sports alternatifs). Les amis, je suis preneuse de TOUS les conseils !

Mon intelligence se mobilise, et mon enthousiasme.

Next step : trouver un catalyseur du même type pour ma vie professionnelle.

La_parisienne_2_2   

mardi 19 août 2008

aujourd'hui, je me sens

heureuse de reprendre le travail
nostalgique de cet été et de la petite enfance de mes filles qui file, qui file
impatiente de ce qui va commencer en ce fin août, début septembre

Je prends mon grand bâton et remue la terre de notre vie
Aller vers l'inconnu pour trouver du nouveau !

La_femme_coupee_en_deux

[Il me reste du pain sur la planche ; croisé ce matin le matin le coiffeur d'Alma, cela m'a rappelée que je lui dois une nouvelle pour mon recueil : et de trois. Ce foutu recueil n'en finit jamais (heureusement j'ai une nouvelle idée derrière, une idée géniale, qui pousse, qui pousse.]

[Aujourd'hui je reprends ma fée du balcon : le balcon est si beau, et puis nombre de mes amis sont en train d'installer le leur et ça me pousse, ça me pousse à y aller de mon grain de sel.. Gros baisers mes chéris-chéries !]

lundi 18 août 2008

Gaël on the stage

Une soirée d'hiver sur le campus. Dans le couloir que j'habite avec une poignée de copains, toutes les portes des chambres sont ouvertes ; plutôt désoeuvrés, nous circulons d'une chambre à l'autre, "Tu fais quoi ?"... Certains jouent à un jeu de société sur leur lit, d'autres travaillent peut-être sur un cas.. Installée dans chaque chambre, la lampe de bureau fait une jolie lumière sur les panneaux de bois, une lumière chaude qui ne remplit pas le vide de cette soirée mais aide à le supporter.

Ma chambre - elle n'a rien d'extraordinaire, si ce n'est un gros pouf en cuir emprunté au salon de mes parents et une provision de tisanes parfaite pour ce mardi qui s'étire. L'élément extraordinaire, ce soir, est la présence de Gaël, mon voisin, qui entre toutes les chambres a élu la mienne (et plus précisément, le gros pouf) pour y laisser s'écouler un bout de la soirée. Notre amitié est encore récente et très sujette à ses sautes d'humeur. Mais ce soir-là nous sommes en confiance ; nous parlons théâtre, il me raconte qu'avec des amis au lycée il a monté une très jolie pièce de Jean Anouilh... Dans cette histoire, une bande de riches oisifs enrolent une jeune fille au coeur simple pour jouer une pièce de Marivaux ; le comte tombe amoureux de la colombe et cela bouleverse l'équilibre de ce petit monde, qui ne se prive pas de le leur faire payer.

"Oh Gaël, m'écrié-je en l'interrompant. Les autres dans les couloirs d'en face ont l'air de s'amuser, alors que nous, on s'ennuie tellement ! Et si on la remontait cette pièce dont tu me parles et qui a l'air si belle, avec les copains du couloir ? Tu te débrouillerais très bien pour la mise en scène !"

Il hésite, mais pas longtemps. En entendant le bruit de notre effervescence (un projet qui nait, ça fait souvent pschiiit), des têtes passent par la porte, "Tu sais quoi on monte La répétition d'Anouilh ! ça t'intéresse ?"   

En trois jours, la distribution est bouclée. Gaël, en plus d'assurer la mise en scène jouera le rôle du comte, je serai l'amoureuse ; nous avons convaincu sans mal trois de nos meilleurs amis pour jouer les personnages mondains ; reste le rôle du faux cynique, qui mais qui donc pourrait faire l'affaire ? Nous avons reçu l'illumination et Gaël et moi avons été charmer au RU l'un de nos copains qui n'a jamais fait de théâtre mais dont la présence sur scène lorsqu'il chante casse la barraque. Après s'être donné quelques jours de réflexion, il a accepté de rejoindre notre petite troupe. L'administration de l'école adonné son feu vert pour que nous menions nos répétitions au théâtre une ou deux fois par semaine.

Gaël est caractèriel, soit ; mais il est aussi solaire : blond, puissant, charmeur à ses heures. Le genre d'homme fatal moulé dans son pull marin duquel j'essaie de me garder à distance raisonnable. Mais lors de nos premiers essais, seuls lui et moi sur la scène, et quand j'ai dû jouer la jeune fille réservée dont le coeur brûle... En prononçant mes lignes de textes, ce feu contenu émane de moi ; c'est la consigne, et il me se semble que je suis sur scène devant mes 5 ou 6 amis ; il me semble aussi aussi qu'ils perçoivent tout cela : que ce n'est pas tout à fait un jeu, et je me consume pour Gaël autant que Lucille pour Tigre. D'ailleurs, entre les répétitions cet abruti ne s'adresse plus à moi qu'en m'appelant Lucille.

Et puis ces lignes de la Répétition, nous les avons répétées et re-répétées ; j'avais été à l'initiative de la pièce, mais je me suis aussi avérée l'élément faible du casting (ce n'est pas si facile d'être juste en jouant les amoureuses sobres...). Je refuse d'être celle qui ferait tout rater car on ne croirait pas à son personnage ; alors nous avons travaillé d'arrache pied, dans un climat tantôt amical, tantôt tendu.

A force de reprendre les scènes et à l'intérieur des scènes, les tirades délicates, ma prestation s'est affermie. Mais avec la maîtrise, la magie du texte s'est émoussée ; et mes yeux se sont rouverts et n'ont plus vu en Gaël qu'un partenaire doué et volcanique.

Nous n'avons donné qu'une seule représentation, très poignante. J'ai sauté un paragraphe sans m'en apercevoir et Gaël, après m'avoir lancé un regard paniqué, a rattrapé la scène là où je l'avais amenée sans que le public ne s'aperçoive de rien.

Après cette apothéose, j'ai planqué le petit volume anoté au fond de ma bibliothèque et je n'ai pas revu les autres pendant un bon bout de temps.   

   

      

Ma Photo

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